L’avertissement de SAS concernant une pénurie imminente d’e-SAF relève en apparence d’un enjeu de durabilité. En réalité, il s’agit d’une question de sécurité énergétique, de tarification et, potentiellement, de connectivité. Ce qui rend cette prise de position intéressante, c’est que SAS brise un tabou en disant tout haut ce que tout le monde pense tout bas : l’Europe impose peut-être une obligation de demande avant même d’avoir développé l’offre.
Ce qui s’est passé
Le 30 avril 2026, SAS a indiqué qu’un nouveau rapport Aviation Insights montre que l’Europe se dirige vers une pénurie structurelle d’e-SAF au moment précis où la réglementation européenne ReFuelEU Aviation commence à se faire sentir. La compagnie a précisé que le secteur aérien scandinave aura besoin à lui seul de 36 000 tonnes d’e-SAF en 2030, un chiffre qui grimpera à plus de 160 000 tonnes d’ici 2035 et à 330 000 tonnes d’ici 2040.
SAS a également souligné qu’aucun site européen de production d’e-SAF n’a encore franchi le cap de la décision finale d’investissement. De l’avis du transporteur, cette situation fait peser le risque d’une flambée des coûts de carburant liés à la conformité réglementaire, d’une dégradation de la rentabilité des liaisons et d’une vulnérabilité inédite au sein du système aérien de la région.
C’est un message sans détour de la part d’une compagnie aérienne qui a pourtant tout intérêt à se montrer constructive.
Pourquoi c’est important
Pendant des années, le débat sur les SAF est souvent resté agréablement abstrait : objectifs, partenariats, cadres directeurs et préparation pour l’avenir. SAS le ramène brutalement aux réalités économiques. Si l’offre ne décolle pas assez vite, les compagnies aériennes ne risquent pas seulement de rater un bel objectif écologique. Elles s’exposent à une hausse matérielle de leurs coûts sur un marché sous tension où la réglementation maintiendra de toute façon la demande sous contrainte.
L’enjeu est particulièrement critique en Europe, où les transporteurs évoluent déjà au milieu d’un maillage dense d’obligations environnementales, de pressions concurrentielles et de contraintes d’infrastructures.
L’argument le plus percutant avancé par SAS est que cela pourrait devenir une « seconde vulnérabilité » venant s’ajouter à l’exposition aux chocs pétroliers mondiaux. Il ne s’agit pas ici de greenwashing, mais bien d’une analyse de risque.
Pourquoi les voyageurs sont concernés
Les passagers ont souvent tendance à penser que les politiques sur les carburants durables se situent bien au-dessus du prix de leur billet. Ce n’est pas le cas. Si l’approvisionnement en e-SAF reste restreint, la hausse des coûts de conformité finira par se répercuter sur les tarifs, le choix des liaisons et la rentabilité des lignes secondaires.
En clair, un avenir plus propre coûtera beaucoup plus cher si le déploiement industriel prend trop de retard par rapport aux obligations imposées.
Mon avis
Je pense que SAS a raison de considérer cela comme un problème structurel plutôt que comme une simple opération d’image de marque. La décarbonation de l’aviation ne semble facile que lorsque l’on attend de quelqu’un d’autre qu’il résolve l’équation de la production.
L’Europe dispose encore d’un peu de temps pour éviter une violente collision entre ambitions climatiques et réalités commerciales. Mais la marge de manœuvre est étroite, et SAS fait preuve de clairvoyance en tirant la sonnette d’alarme avant que le marché ne le fasse à ses dépens.









